Suite à la publication de notre étude sur le fonctionnement des signaux sonores à Québec publié lundi dernier, voici un article du journal Le soleil sur le sujet dans l’édition de ce matin.
Une traverse sonore sur quatre jugée risquée à Québec
Simon Carmichael, Le Soleil
Près d’un passage piéton équipé d’un feu sonore sur quatre à Québec offre un «faux sentiment de sécurité» aux personnes malvoyantes, dénonce le Regroupement des personnes handicapées visuelles, qui a analysé près de 190 intersections de la capitale.
La Ville de Québec a encore du travail à faire pour sécuriser le parcours de ses résidents qui ont un handicap visuel, constate une étude réalisée l’été dernier.
Le Regroupement des personnes handicapées visuelles de Québec-Chaudière-Appalaches a évalué la sécurité de 190 intersections et plus de 250 «couloirs de traversées» avec système sonore d’un bout à l’autre de la Ville de Québec.
Ces feux, installés sur le trajet des personnes qui vivent avec un handicap visuel, émettent différents sons lors de la phase piéton pour les diriger. «C’est notre équivalent de la lumière verte et du petit bonhomme qui clignote», résume le directeur général du Regroupement des personnes handicapées visuelles de Québec-Chaudière-Appalaches, René Binet.
Pratiquement le quart (24 %) des feux sonores analysés ont été jugés risqués. Bien qu’elles soient en théorie adaptées et universelles, les intersections présentaient au moins 75 risques pour ceux qui vivent avec un handicap visuel lors de l’étude.
Les principaux problèmes concernaient le volume trop faible des signaux sonores qui nuit à l’orientation et le manque de localisateur sur les îlots refuges.
L’étude a également révélé l’absence de plusieurs panneaux interdisant de tourner à droite au feu rouge à 16 intersections. L’interdiction est pourtant obligatoire partout où il y a un signal sonore, rappelle la consultante en accessibilité universelle Julie-Anne Perrault, qui a pris part à l’étude.
«La personne s’attend à ne pas croiser de véhicule qui tourne à droite parce qu’elle entend le signal, mais il n’y a pas de panneau qui l’interdit. C’est comme s’il y a un bris du contrat psychologique avec la personne.»
Le Regroupement des personnes handicapées visuelles a aussi identifié en moindre nombre des problèmes liés à des boutons brisés, des obstacles et de la voirie en mauvais état dans sa tournée de la Ville de Québec.
Majoritairement utilisable, mais «irritant»
Malgré la soixantaine de risques identifiés, le réseau piéton de Québec reste «majoritairement utilisable au quotidien», conviennent les auteurs de l’étude.
Ils notent aussi que la capitale obtient sensiblement les mêmes résultats que Montréal, où une étude similaire a aussi récemment été réalisée.
Reste que l’accumulation «de petites choses» finit par «créer un faux sentiment de sécurité» chez ceux et celles qui ont un handicap visuel, insiste le Regroupement des personnes handicapées visuelles.
«Il y avait beaucoup de petits irritants, explique Julie-Anne Perrault. La majorité du temps, on peut traverser la rue, mais il y a des éléments qui vont nuire à la sécurité ou à l’orientation […] Alors il faut corriger ça.»
Les auteurs du rapport notent d’ailleurs que la Ville de Québec «fait preuve d’une grande réactivité pour corriger les problèmes une fois qu’ils sont signalés». «Mais il faut qu’ils soient au courant», ajoute René Binet.
Le porte-parole du Regroupement croit que la municipalité devrait installer davantage de feux sonores et mettre sur pied des vérifications plus fréquentes et systématiques des feux sonores, plutôt que de le faire lors de la réception de plaintes au 311.
Il invite d’ailleurs la Ville de Québec à ne plus prendre le 311 comme seul indicateur de l’état des feux sonores.
«Les gens ne portent pas plainte parce que c’est assez complexe de faire appliquer les règles et les normes», estime M. Binet. Il note aussi que bien des personnes handicapées s’habituent à leur trajet, quitte à ne plus remarquer les risques ou les manquements qu’ils croisent.
«Le faible volume de plaintes au 311 n’est donc pas un gage de satisfaction, mais le résultat d’un système de signalement dont les maillons – de l’usager au système – sont fragilisés.»
Extrait du rapport du Regroupement des personnes handicapées visuelles Québec et Chaudière-Appalaches
Le rapport a déjà été présenté à la Ville de Québec, qui serait déjà en voie d’appliquer certaines recommandations.
Illustration(s) :
Dès qu’un feu est accompagné d’un système sonore, le virage à droite au feu rouge doit y être interdit, selon les normes routières en vigueur au Québec.
Les passages piétons avec un feu sonore émettent des sons pour indiquer aux personnes malvoyantes quand ils peuvent traverser.
Jocelyn Riendeau
Quelque 24% des traverses piétonnes avec un feu sonore évaluées par le Regroupement des personnes handicapées visuelles de Québec-Chaudière-Appalaches à l’été 2025 présentait au moins un problème.
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